14/12/2014

ich bin

je suis une ville bombardée
détruite

un quartier isolé, un dimanche d'hiver
où les papiers sous un vent violent
s'envolent dans les avenues
les gens y passent brutalement en rabattant leurs manteaux sur leurs jambes

je suis une mer sombre
les rochers, les écueils abîment les coques des bateaux
et parfois font couler une barque

je suis un lit, des draps presque propres
je suis un matelas à ressort
une fenêtre aux vitres dégueulasses

je suis un chat hargneux
une meurtrière dangereuse
une petite fille sous la couette qui grelotte

je suis une bagnole profilée aux ailes froissées
un étang où l'eau stagne et pue
une amanite phalloïde
un hot-dog huileux avalé au coin d'une rue

je suis un thé délicat
une énorme bite
une lampe allumée à 4 heures du matin

je suis des pieds tordus
des seins pâles aux mamelons tranchés
des mains aux ongles sans verni

je suis une griffe
un rein
un Kleenex trempé de larmes et de morve

je suis une épice amère
une langue affamée
une pute

je suis un vent furieux
une pluie torrentielle
et même un soleil de plomb

je suis immortelle
jamais je ne serai vieille
jamais je ne serai usée

jamais je ne mourrai










29/10/2014

CLE

je cherche la clé
la clé de quoi
la clé de qui

elle doit bien se trouver quelque part, la clé
quelque part dans les rayonnages de bouquins
dans les mots des autres

dans les caniveaux

elle doit bien se trouver dans les milliers de disques écoutés
ressassés

elle doit bien se trouver dans l'orange scintillant d'une mandarine

dans le muguet

elle doit bien se trouver dans les films de Bergman
ou de Cassavetes

ou dans les bas fonds de ton cul

je cherche
la clé

la clé pour faire exploser mon putain de coeur


27/10/2014

Pluie

où sont nos mots d'amour
je ne t'attends plus
je ne t'entends plus
je ne m'entends plus

où sont nos mots d'amour
qui les a emmenés
qui les a détruits
humiliés

où sont nos mots d'amours
et nos gestes qui les disaient
nos bouches affamées
nos jambes soudées

où sont nos mots d'amour
nos chants sont muets
le remède est le poison

il ne faudrait jamais rien arranger
jamais rien vouloir

mais c'est impossible
totalement impossible
et ceux qui disent que c'est possible sont des menteurs

croire en rien
et ouvrir la bouche sous la pluie pour recueillir les gouttes sur la langue
renverser son visage en arrière
je ne pleure pas
c'est la pluie
c'est seulement la pluie





21/10/2014

Stone

C'est bientôt mon anniversaire

je n'ai que des cailloux dans mes poches

je ne possède rien

mais je suis possédée

Et

je me demande ce qui va m'arriver.


01/10/2014

Une brindille

Mordre
et puis desserrer la mâchoire
lâcher prise
laisser tomber
passer à autre chose

Mordre,
s'attacher au sang
à la plaie
mordre pour ne pas tomber
mordre pour exister

Mordre
et puis lâcher prise
laisser tomber
s'attacher à autre chose

Mordre
à contre courant
malgré tout
malgré la douleur dans les dents

Mordre
pour oublier les coups
mordre pour être quelque part
pour être quelqu'un

Et puis lâcher prise enfin
desserrer la mâchoire
regarder ailleurs

Mordre
et ne plus mordre

Laisser le courant aller
et le suivre

Petit radeau
brindille
herbe folle




Un rivage, là bas




26/06/2014

Mousse


Voilà,
maintenant, c'est l'été

Ecoutez-bien la rue,
écoutez bien les conversations,

et constatez que tous les bruits et les sons,
toutes les odeurs et les fracas,
tous les mouvements du corps
sont ceux de l'été

L'été,
c'est la mousse de la vie.

14/05/2014

QUI

C'est la nuit

Il est deux heures du matin,
la rotonde de Stalingrad est déserte
quelques flaques d'eau
des détritus jonchent le sol
une bise glacée s'engouffre sous le métro aérien

Personne.

Ou plutôt si,
une personne
ou plutôt une forme
recouverte d'une couverture à carreaux rouges
allongée sur un fin matelas de mousse, très sale
échouée entre deux piliers du métro

Quelques rares phares lugubres tournent à gauche,
tournent à droite
prennent des rues, plus loin

Qui est cette personne recroquevillée
entièrement recouverte
quel est son nom
son âge
qui est-elle

Pourquoi SEULE comme ça
qui permet ça
qui admet ça sans lever le plus petit sourcil
sans émettre le moindre étonnement

Pourquoi SEULE comme ça
seule au milieu d'une ville
seule sous des piliers de métro
seule entre les flaques

Quel est son nom
quel est son visage

Qui permet ça
qui n' a pas le coeur brisé à cette vue
qui n'a pas l'écho de lui-même à voir cette forme inerte sous les piliers du métro
entre les flaques

Qui ne comprend pas cette solitude ultime
d'un être humain à terre

Qui passe sans un frémissement
sans un tremblement dans les jambes, dans les doigts
qui n'est pas affolé
détruit, même un petit moment

QUI
QUI






24/04/2014

La nature ignore le désespoir

Tout de suite,
dès le premier jour où je loue cet appartement,
je lui donne un double des clés.
J'aime qu'il ait mes clé, qu'il puisse aller, venir chez moi
même quand je ne suis pas là.

Plus tard, il loue de son côté  un appartement sur le Boulevard Beaumarchais
mais il ne m'en donne pas les clés.

J'écume,
je ne comprends pas, 
j'envisage de lui reprendre mes clés mais c'est stupide,
car moi, j'aime qu'il ait mes clés avec lui.

Alors je sonne à sa porte,
et quand il n'est pas encore rentré,
je l'attends assise sur les marches de l'escalier.

Un jour, il se fait cambrioler.
Les voleurs font passer un enfant par le vasistas de la salle de bain resté ouvert,
ils lui font enjamber du palier un vide de quatre étages.

L'enfant trouve le double des clés posé sur un meuble de l'entrée,
leur ouvre la porte,
ils peuvent ainsi tout emporter peinards.

Ils repartent en refermant derrière eux la porte blindée
et gardent le double.

Quand il refait sa porte blindée,
il pose le nouveau double sur ses étagères
et ne me le donne toujours pas.





17/04/2014

Out of the blue

Les gens heureux
ne sont jamais loin des larmes
parce qu'ils sont agités en dedans
tourmentés en vrai
chamboulés au fond

Les gens heureux sourient trop largement
ils ont plein de rides au coin des yeux
et des fossettes sur les joues
ils se sentent redevables
reconnaissants

Ils sont méconnaissables

Ils savent que cette plénitude est volatile
c'est une pluie fraîche, un arc en ciel

Mais le bonheur fait mal
il crève le coeur, il perce un tunnel en nous

C'est une galerie de spéléologue
étroite, merveilleuse, inattendue

C'est le ventre qui se retourne et se serre
comme ça, sans raison autre que ce bonheur

Le bonheur agite, secoue
nous rend fragile finalement
et on le sait, et plus on le sait plus on a envie de pleurer.




13/03/2014

Soleil de plomb

Lourde comme le printemps
et les premiers soleils annonciateurs,
lourde et encombrée

Depuis toujours, c'est ainsi
le sac à porter, à déposer oui mais où, à qui

Peut-être des réponses, ou d'autres questions
l'idée est de vivre avec moins d'inquiétude  de soi

Je vais me coucher.

11/02/2014

What about love ?

Je l'aime c'est sûr
je l'aime, j'en suis folle, timbrée, toquée

Je ne pense qu'à lui
il m'occupe toute entière,
il est ma première pensée
et je m'endors avec son visage

Le matin, je m'habille pour lui
pour lui plaire, uniquement pour lui plaire
je lis des livres qu'il pourrait aimer
j'écoute des disques qu'il devrait écouter
je mets son parfum
dors dans son T-shirt sale

Je veux penser comme lui
lui ressembler
je veux être lui

Et puis au fil des jours
je redeviens moi-même
je réintègre ma tête
mon sang, mes cellules

La passion s'évacue
comme ça
comme on passe un coup de Cif
comme on efface l'ardoise
comme une dialyse
un jet d'eau sur un trottoir

Je réintègre mon sang, mon coeur
je replace toutes les feuilles de l'artichaut
je quitte l'influence
la transfiguration
la passion quitte mon linge

Je redeviens en proie au tiède
à la vie molle
les accès de violence se changent en mélancolie sourde
étouffée des sons
étouffée de lumière vive
le coeur sous un coussin

Demain, quelque chose viendra me reprendre
me mobiliser
m'envahir

Demain, je ne m'appartiendrai plus
j'aurai des yeux fous et des éclats de rire bizarres
des langueurs dans les membres

Demain, la terre tremble, peut-être.



04/02/2014

Petit canard # 1


J'ai beau regarder devant, derrière, de côté
rien ne pousse, rien ne vient
rien ne se transforme

Petit canard ronge son frein
fait la gueule
petit canard attend

Petit canard regarde, observe, scrute les autres
comment devenir EUX
comment devenir ELLES

Petit canard envieux de ses jambes à elle
de ses conquêtes,
de sa putain de classe, non mais regardez-moi ça,
ce blouson, cette taille, ces fesses, cette coupe de cheveux !

Et en plus, il vient la chercher au lycée
en Renault Fuego rouge !

Et en plus, c'est une bête en cheval d'Arçon
(mais comment peut-on être aussi bonne en cheval d'Arçon, connasse) 

1mètre 50, seconde A5, toujours pas de sang,
toujours pas de seins
toujours rien

Désespérant, confondant.

Habillée en taille 12 ans à 15 ans
petite pointure, pas un sous en poches,
A peine de quoi se payer un café au Louis XVI

Non mais franchement...


















02/02/2014

Même le plaisir.

Au café cet après midi, tranquille,
assise à une table de 4 personnes,
il fait chaud, il est 16 heures,
le dimanche est languide, bleu, intérieur

Je suis à ma table
je lis le journal distraitement, un rayon de soleil me caresse la manche

Un couple à côté de moi attire mon attention

La femme, une brune, a une mine basse
on dirait qu'elle pique du museau
l'homme, la cinquantaine, blond, pas mal,
lui parle à voix basse

Tout ce qui se dit à voix basse attire mon oreille

Il dit  : " les séparations, c'est un moment difficile,
celui qui part perd tout,
il faut le savoir."
"Moi, quand je suis parti, je n'avais qu'un sac.
j'ai tout laissé et presque rien récupéré."

Je sens qu'il veut la prévenir de ce qui l'attend,
quand on part, on part léger
on renonce au confort, on file vers le vide, le blanc

C'est la moindre des choses, non.

Elle ne dit rien,  son grand nez se rapproche du bois de la table,
je pressens qu'elle est juste avant le départ.

Ca me rappelle quand je suis partie,
un samedi, avec un sac à l'épaule

Je m'en souviens comme si c'était hier

Cette impression grisante et désespérée
de partir sans savoir où l'on va,
avec le visage déformé au dessus de soi de celui qu'on laisse
et qui plane, comme une sanction,
comme un cauchemar

Donnez moi une chose qui n'est pas  difficile

Même le plaisir.



01/02/2014

Personne ne rentre


La maison est vide
il n'y a que moi
et ça ne compte pas

la maison est vide pour le week end
j'aime bien parfois quand ma maison est vide

ça me rappelle mes 17 ans
mes parents étaient partis en vacances et m'avaient laissés la maison

pour la première fois,
je dînais seule
je me couchais seule à l'heure où je le voulais
je regardais le programme que je voulais à la télé
et surtout, surtout

le temps à soi
le temps de son rythme, sans souci

ouvrir la fenêtre
sortir, prendre l'air
ou rester à lire
ne pas répondre au téléphone

seule, je suis devenue une ourse que j'ignorais

ils avaient peur que je sèche, que je n'aille plus au lycée
mais pas du tout

ils avaient peur que la maison soit pleine d'amis, de fumée et d'alcool
mais pas du tout

je suis restée seule pendant 15 jours
jalouse de ma solitude

sortir oui
mais que personne ne rentre
personne ne rentre.