29/05/2015

" POC "

Je suis dans le Perche.

C'est joli, le Perche, c'est vallonné, boisé,
Mortagne au Perche est un gros village bien joli, bien replet,
avec des charcuteries qui vendent des cochons en porcelaine à prix d'or,
juste en face de l'église.
(ils vendent aussi du museau de porc en vrai, et des tas d'autres trucs gélatineux un peu dégueu, mais toujours à prix d'or)

Donc, le Perche.
je suis engagée pour donner 3 concerts,
c'est la Scène Nationale d'Alençon qui organise le tout,
et la Scène Nationale a trouvé un concept super original,
nous faire jouer dans des bars.
(C'est vrai quoi, c'est original, vive les idées innovantes )

Sur le papier, jouer dans les bars, pourquoi pas.
(j'imagine de chouettes pubs anglo-normands, avec jeux de fléchettes, fauteuils en cuir, malts hors d'âge et gentleman farmer qui vont me demander en mariage)

En guise de pub anglais, c'est dans un PMU tenu par un petit vieux rescapé de Ménilmontant,
planté au milieu d'une route nationale,
en face d'une boucherie "bail à céder"  qu'on débarque.
(Je ne me souviens plus du nom du bled, mais c'était à 10 bornes de Mortagne)

Aves Constance, (avec qui je partage la soirée musicale), on se lance des oeillades incrédules.
Mais oui ma belle, c'est bien là qu'on jouer ce soir, à la gauche du comptoir,
devant la colonne de bulletins de loto et de jeux à gratter,
que personne n'a pris la peine de dégager.

A la limite, je m'en foutrais de tout ça

MAIS
pas de lumière,
une sono dotée d'un incompétent notoire qui ne sait pas se servir de la console de son,
des plateaux repas infects garnis de  vieille mortadelle et macédoine en boîte,
un poulet visqueux et tiède,
le tout servis au public (et à nous aussi, y'a pas de raison! ), pendant qu'on joue.

La scène Nationale d'Alençon, mais oui Madame.

Le lendemain, c'est encore pire,
je vous passe les détails des WC sales dans la chambre au dessus du restaurant qui nous sert de loges (qui est en fait, une chambre louée à des travailleurs itinérants, bref, des pauvres bougres qui viennent élimer leur vie à tenter de la gagner à coups de pieds au cul) 
et du dessus de lit sur lequel on n'ose pas poser ses fesses.
Je n'exagère rien.

Le lendemain, on rentre à Paris en voiture.

Nous roulons sur la départementale en direction de l'autoroute,
quand soudain,
un volatile,
un genre de caille ou de petite poularde,
décide de traverser la route,
juste au moment où on passe.

Elle est là, je vois son oeil de côté,
sa petite tête tachetée et affolée,
ses ailes rousses

Elle court de toutes ses pattes et hop
elle traverse, la folle.

Même pas le temps dire "ATTENTION"

J'entends un petit "poc"
quand on passe sur elle

"poc"
 ça a fait juste
 "poc"

J'entends encore le petit bruit



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1 commentaire:

derisoire a dit…

"scène" de vie..très bien écrit !bisous Jil !