01/11/2015

Je fais ce que je veux


Il est petit alors qu'on le voudrait grand,
gros alors qu'on le voudrait maigre,
il est épais, long, disproportionné
il est pâle, foncé, noir, blanc, rosé

Les seins rikikis, en poire, en gant de toilette
les fesses creuses, adipeuses, rondelettes, tombantes

Et le ventre, ah ça, le ventre !
jamais en place, jamais assez ferme, trop comme ci ou jamais assez comme ça
le ventre gronde, grogne, gargouille,
il n'en fait qu'à sa tête.

Je pourrais parler du sexe,
de la queue et de la chatte,
mais la queue,
tout comme le sujet de la chatte,
est délicat, très délicat.
C'est un peu comme NewYork et les Etat-Unis, un monde en soi,
un monde à part.

Donc, le corps.
Le corps pense, décide.
Le corps sait pour nous
dit pour nous, crie pour nous,
aime pour nous.

Le corps, ça nous regarde,
ça nous préoccupe.

Le corps nous rend timide, maladroit.

Le corps est un vêtement informe.
Les bras s'agitent, on ne sait pas où les mettre ;
dans le dos, le long des jambes ?
Souvent, ils se croisent,
pour faire une protection à la vulnérabilité de notre âme.

L'âme, qui n'est pas le corps.
(d'ailleurs, on ne sait pas où elle est, cette salope d'âme.)

Les mains. Pareil.
Que faire de ses mains ?
Les poings se ferment, la paume s'offre,
les mains papillonnent, se fourrent dans les poches,
elles se tordent, elles se désespèrent.
Elles attrapent et tiennent si peu de choses.

Ce corps, on veut le dompter, lui claquer la gueule,
il n'est jamais comme on le voudrait.
Enfoiré de corps qui décide à notre place.

Alors on court, on l'épuise, on rame, on boxe, on danse,
on le prive de manger,
on s'astreint à le tenir droit,
à relever le visage et dégager les épaules.

A corps et à cris.
A corps défendant.
A corps perdu.

Et puis, un jour, on ne sait pas pourquoi,
il se dérègle
il tombe malade,
attrape des angines, des otites,
des cancers, des maladies aux noms imprononçables.

Le corps se remplit de cellules parasites, il se vide, se fane.
le corps peine.
Il souffre, puis il jouit,
puis il ne sent plus rien,
puis il s'endort, il ronfle.

Le nez se bouche, les artères se bouchent, les oreilles se bouchent.
On n'a pas voulu ça, toutes ces maladies, ces malformations.

On se retrouve un matin avec des vertiges terribles, des maux de dos affreux,
des abcès dentaires épouvantables.
Des hernies, des kystes, des atrophies.

On va chez le médecin,
le médecin ausculte ce corps
qui dit autre chose que ce qu'on pense ;
ou alors, le corps dit tout ce qu'on pense
et qu'on ne sait pas qu'on le pense.

Le médecin est emmerdé,
il ne sait pas grand-chose finalement,
même s'il en sait plus que nous.

Le corps devient chair à supplices,
machine infernale, dysfonctionnement,
une honte,
un calvaire.

Ce corps qui nous a donné des satisfactions,
des plaisirs, des jouissances,
avec lequel on a marché, bu, baisé, fumé, fait des enfants,
fait du vélo, de la voile, du parapente.

Ce corps gonflé de nerfs et de sang,
d'organes bizarres,
de muscles et de tendons,
d'os et de ligaments.

Ce corps qui nous résume alors qu'on n'y est pas pour grand-chose,
car rien n'a été décidé finalement,
à part de le contraindre
ou de s'en accommoder.


4 commentaires:

Bam Balam.records a dit…

Beau et triste à la fois...

Pierre-Yves a dit…

Accepté, dès le départ, libre de toute pression sociale, le corps a pourtant tant de choses à nous apprendre. Il nous ouvre les portes du monde, de la vie.

Sandrine KAY a dit…

Toujours aussi fan de ton écriture... Très joli texte et tellement vrai !!!
MissK 😉

elisabeth alleaume a dit…

un tel texte, ça tue !
top !